A quoi servent les arbres en ville ?
« Pour en revenir à la question utilitariste « à quoi ça sert la biodiversité », il faut d’abord rappeler que l’homme a une tendance historique à repousser la coexistence avec les plantes, et surtout les animaux. Des questions d’hygiène (rats comme vecteurs de la peste et du choléra, blattes, puces, poux), des craintes infondées mais réelles (le serpent, l’araignée), d’esthétique (crottes), et de standing (les herbes folles font « désordre »), ont conduit à une sélection rigoureuse des espèces et variétés admises, et du rejet des autres.
Mais on a oublié toutes les vertus possibles de l’extension de la biodiversité dans les villes.
1. La biomasse en général joue un rôle régulateur du climat, elle va rafraîchir des atmosphères généralement trop chaudes de 2-3 degrés dans les villes.
2. Outre la régulation thermique, la biomasse humidifie l’air, généralement trop sec en ville.
3. Enfin, cette biomasse absorbe et recycle le CO2 émis en trop grandes quantités, et un bon nombre de plantes peuvent jouer un rôle de régularisation de l’émission d’autres gaz à effet de serre.
(…)On peut naturellement trouver d’autres avantages à la biodiversité en milieu urbain, mais l’effort à faire est de les placer tous dans une perspective cohérente de l’aménagement urbain futur, et non pas de les voir comme des éléments dispersés. Cette perspective doit aussi être réaliste, il ne s’agit pas de retourner le plus possible à un « état de nature rousseauiste » qui n’a probablement jamais existé. Il ne s’agit pas non plus de supprimer la ville, ou de recréer des cités-jardins autosuffisantes, mais il s’agit de verdir la ville, dans une approche fonctionnelle, économique, esthétique et ludique. Pour cela il faut avoir en tête un modèle qui va au-delà de mesures partielles comme le verdissement des toits, l’extension végétale ou la création de prairies de compensation.
Le concept qui doit nous guider doit s’appuyer sur une théorie de l’homme et de la nature intégrant l’un et l’autre et l’un à l’autre. Il doit aussi se concevoir dans une perspective de durabilité et d’équilibre. Enfin il doit être holistique, toucher à tous les domaines de l’urbain, et pas seulement à la biodiversité. »
Extrait de l’article « La biodiversité en milieu urbain » de Claude Auroi, Professeur de développement rural
Institut universitaire d’études du développement (IUED), Genève

