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Le Jardin aux Betteraves

jeudi, juillet 12th, 2012

Cette friche, Louis Yerly l’a baptisée le Jardin aux Betteraves en hommage et clin d’œil au théâtre, à Roland Dubillard et à sa maison de la culture. Un nom pour mêler vie culturelle et betteraves… puisque nous avons créé un jardin sur cette friche.

Pour le jardin potager nous avons reçu de la terre végétale et c’est une couche de 30 cm de terre qui recouvre le terrain sur l’emplacement du jardin. Nous n’avons pas fait analysé la terre de la friche mais elle est probablement pollué puisque nous sommes sur un lieu industriel, à l’emplacement de l’ancienne fonderie.

Cette terre est apportée est un peu argileuse mais les légumes s’y épanouissent bien.

J’ai aussi tenté de faire un petit jardin en carré de 1,20 par 1,20 avec de la terre bio. J’avais envie d’expérimenter cette manière de cultiver pensée spécialement pour des espaces réduit en milieu urbain.

Le chou-pomme de mon micro-jardin.

Mais le Jardin aux Betteraves est bien plus qu’un simple jardin…

Bien évidement nous n’allons pas atteindre l’autosuffisance alimentaire avec notre petit bout de terre. Il y aura au plus quelques salades, radis et fleurs de bourrache pour les personnes qui viendront manger sur la friche mais ce lieu se veut un symbole, une utopie, une brèche, un lieu d’expérimentation à la fois de modes de cultures, au sens de faire pousser des légumes et de lieu culturel en marge de l’offre culturelle établie et subventionnée par la ville ou le canton.

La biodiversité qui c’est installée sur cette friche en plein cœur de la ville, cet espace de vie sauvage, ce poumon est une sorte d’appel à une forme de liberté. Bien évidement ce lieu est fragile et l’étang de la friche disparaîtra dans 3 ans sous les griffes des pelles mécaniques. Mais aujourd’hui il est là, bien là, foisonnant, croassant et gazouillant nous rappelant qu’il suffit que l’homme ne retire ne serait-ce qu’un peu son empreinte pour que le sauvage reconquière ces anciens territoires.

En lisière de la friche il y a une odeur de forêt, une atmosphère de forêt. A n’en pas douter, un jour elle était là, souveraine et y a laissé un peu de son âme malgré toutes les blessures infligée à ce bout de terre. Cette friche me porte et me nourrit du courage qu’à la vie de renaître sans fin.

Le Jardin aux Betteraves est aussi ça, une tentative de cohabitation entre la vie sauvage et la culture sauvage… oh, pas bien dangereuse ou méchante, juste celle qui peut jouer, s’approprier ou parfois déjouer les règles de l’urbanité tel le liseron qui sait parfois profiter des supports de l’éclairage publique pour s’élever.

La friche est sérieuse et elle est jeu, poétique et magnétique.

 

Il y a une année et demi je lançais une bouteille à la mer…

vendredi, avril 6th, 2012

…ou plutôt j’essayais de formuler par écrit des rêves et des idées qui me trottaient dans la tête depuis fort longtemps. J’avais déjà commencé à lancer quelques graines dans la tête de certains de mes amis mais j’avais besoin de faire un pas de plus et de développer un peu plus mon envie de festival itinérant, nomade, forain.

Ce n’était qu’un projet, un besoin, très loin d’être concret mais je ressentais la nécessité de le poser là où il en était et de le donner à quelques personnes susceptibles être intéressés histoire de voir s’il y a un terrain pour de tels rêves, suis-je seule ou est-ce qu’il y a quelque chose dans l’air en ce moment qui fait que ces rêves sont partagés et que l’on pourrait construire ensemble quelque chose. En fait, je sais que je suis loin d’être seule, nous sommes des multitudes à œuvrer à notre échelle, à notre manière, avec nos modestes projets dans notre environnement quotidien pour un monde plus respectueux de la terre et des êtres qui la peuple, un monde libéré de la tyrannie du marché mondialisé. Nous ne sommes pas seuls, nous sommes les 99% comme l’affirmait les indignés d’Occupy Wall Street. Nous ne sommes pas seuls, nous sommes des multitudes nous devons juste nourrir l’imaginaire. Souvent j’ai l’impression que l’imaginaire est ce qui manque le plus à notre société, l’imaginaire appartient à l’être et nous sommes dans une logique de l’avoir qui le stérilise. L’imaginaire est en fait simplement un regard élargit et curieux, une capacité de trouver des failles dans l’apparence hermétique des choses pour y planter des graines et élargir l’espace, c’est le petit pas de côté qui révèle milles possibles au-delà des façades mornes.

Graff qui se trouvait dans un lieu à 2 pas de chez moi, lieu disparu aujourd'hui et qu'on appelait Brooklyn.

Une phrase d’Amin Maalouf m’accompagne, il faudrait que je la retrouve précisément mais en substance elle dit: “Quand je pense le monde d’un point de vue rationnel, tout me porte à croire que nous courons à notre perte, mais quand je pense le monde d’un point de vue émotionnel, tout me pousse à croire que l’on va s’en sortir.” Il est évident que l’avenir s’annonce sombre mais l’histoire est pleine de micros événements totalement imprévisibles et qui pourtant ont changé le cours des choses. L’une des histoire qui m’a le plus fasciné est celle de Mathias Rust qui à 20 ans à peine à réussi à posé son petit avion Cessna sur la Place Rouge en 1987, en pleine guerre froide. Gorbatchev a profité de cet événement et du discrédit que ce geste à jeté sur l’armée rouge pour évincer les durs du régime. L’histoire c’est précipité et 2 ans plus tard le mur de Berlin est tombé. Pour certains analystes, l’acte de Mathias Rust est la première pièce du domino qui a entrainé la chute du mur…Aussi noir que puisse s’annoncer l’avenir le changement reste possible.

A mon échelle, très modestement, je rêvais d’un festival itinérant.

BuskersTV -Berne 2007

Un festival forain, nomade, itinérant…
Je ne sais pas trop comment qualifier ce festival… J’aime dire de notre télévision de rue qu’elle est foraine, à cause de l’idée nomade, mais aussi pour l’image de fête populaire. Et puis, comme pour les autos-tamponneuses ou le tire pipe, la télé est quelque chose que les gens doivent s’approprier, ce n’est pas un spectacle, c’est un truc à faire. Si les gens ne participent pas, l’évènement est vidé de son sens. Je pense que pour un festival cette image foraine ou celle d’une sorte de cirque pourrait être reprise. J’aime bien jouer avec la symbolique de la caravane-urbaine, celle de la poussière des routes et du vent qui éveille l’imaginaire, élargi la pensée et libère les énergies créatives.
J’imagine un festival d’arts vivants et d’arts urbains avec des interventions dans l’espace public mais aussi un centre, un cœur au festival. Un lieu de vie aussi avec un bistro, un lieu accueillant et chaleureux.

Ce lieu du festival pourrait être un lieu désaffecté-réinvesti, genre friche industriel ou bâtiment désaffecté ou voué à une démolition prochaine qui serait à trouver à chaque étape. Ce pourrait être aussi une structure mobile complète.

Programmation
J’imagine une programmation qui accueille des créations qui aillent de travaux engagés à de la poésie à l’état pur. Un festival qui donne matière à réfléchir mais aussi qui ouvre les portes de l’imaginaire, qui fait rêver, donne de l’énergie et génère des utopies.
Je ne vois pas non plus de restrictions quant aux disciplines ou formes artistiques. A côté de cela, j’imagine aussi une programmation au cœur du festival avec des spectacles, des concerts, projections, performances, expo, débats, ateliers etc… J’aimerais des propositions qui impliquent les gens. Des choses interactives, des ateliers avec des bricoleurs, des architectes, des urbanistes, des apiculteurs et des jardiniers urbains, des artistes, des biologistes, des personnes qui mettent leurs créations en open source. Proposer des ateliers de création de jardins potagers verticaux ou autres formes de cultures urbaines. Cartographier des fissures, faire de la confiture avec les fruits de la ville et lancer des “bombes vertes” ces bombes composées de boue et de graines lancées ici et là dans les interstices urbains où elles pourraient germer. Impliquer le public c’est aussi le sortir du rôle passif de consommateur de culture en ne montrant que des œuvres achevées.  Il peut être impliqué dans le chemin, dans le processus et les œuvres peuvent être en mouvement. J’aimerais aussi des propositions entre ce qui est reconnu comme “art” et autre chose, des propositions aux frontières des genres qui ailles de l’émerveillement à l’engagement, du poétique au politique, du rire aux larmes.