Cesser de raser pour tout reconstruire

Il y a un mythe très occidental qui glorifie celui qui est parti de rien et qui réussi brillamment, du conquérant qui transforme des terres sauvages en cultures à perte de vue, du génie, de l’inventeur qui, de son seul cerveau énonce une découverte capable de faire avancer si ce n’est le monde du moins la science. Mais voilà, petit problème à cet esprit conquérant: les terres sauvages sont habitées de peuples indigènes, les forêts vierges sont des réservoirs de biodiversité, les découvertes s’élaborent la plus part du temps à partir de découvertes antérieures et, en milieux urbains, beaucoup de centres commerciaux sont construit sur d’anciens quartiers ou des friches rasées. Rares sont les conquêtes et les constructions qui n’ont pas commencer par raser  une part de notre patrimoine .“Raser pour reconstruire” appartient au radicalisme arrogant des pouvoirs abusifs qu’il soient détenus par les maîtres du monde ou par des roitelets locaux élus ou juchés sur juste ce qu’il faut de pouvoir  pour leur donner un peu de hauteur et l’arrogance de celui qui sait mieux que les autres et à la place des autres. Des paveurs de bonnes intentions ou profiteurs de toutes sortes qui nous dessine l’enfer, ou, en tout cas, le règne du tout marchant et de  la tyrannie de la mondialisation. Que ce soit au nom du profit, du progrès ou de belles croyances nous ne cessons d’être témoins des blessures, des crimes et des drames humains, sociaux, et écologiques de l’idéologie du “raser pour mieux reconstruire”.

Le Bien Commun

Les bulldozers de ces raseurs détruisent avant tout notre bien commun, le patrimoine qui appartient à l’humanité.  Ces soustractions infligées, ces vols, ces pertes sont souvent définitives, irréparables. Une plante ou un animal qui disparait, une langue qui s’éteint, un quartier rasé ou une œuvre protégée par un droit d’auteur trop restrictif sont autant d’érosions et d’atteintes au bien commun. Les terres vierges ont été défrichées et sacrifiés avec elles les êtres qui les peuplaient. La diversité fait place à une monoculture à la fois biologique et culturelle. Notre terre, nos villes, aussi dévastées soit-elles sont notre Bien-commun. Notre résistance à la monoculture passe par une culture de la diversité tant culturelle que biologique. Aussi, naturellement, j’imagine un festival itinérant participant d’une écologie de la pensée, d’une culture de la diversité. Une manière symbolique, mais pourquoi pas aussi physique de cartographier l’existant, d’identifier les zones, les niches, les friches, les caves, les cours intérieures, les espaces petits ou grands où le multiple existe pour l’éclairer d’une autre manière. Mais aussi semer des graines dans des brèches ou simplement  préserver les petits espaces où le “sauvage” reprend ces droits, faire de la place aux “mauvaises herbes” et à des espaces de créativité. Un festival pour donner un peu plus de place au petit, au local et à la générosité du vivant. Un festival pour résister avec nos moyens, aussi modestes soit-il à l’érosion des cultures plurielles. Un festival pour laisser le foisonnant nous envahir et laisser vivre dans nos villes les chauves-souris, les grenouilles et les abeilles. Un festival pour rendre un peu plus perméable les lignes droites et les frontières tracées entre le sauvage et la culture. Cesser de vouloir tout maîtriser, faire de la place, ouvrir et laisser le lierre grimper sur nos caméras de surveillances.

 

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